mercredi 29 juillet 2015

dimanche 7 juin 2015

Anachroniques urbaines

Je suis allé chez un psy spécialisé en névroses et psychoses liées à la pratique ou à l'intérêt pour l'agriculture urbaine, au 83 rue de la Charrue. J'étais pour ma part atteint d'un mal rare pour ma condition de responsable jardinier-chevrier d'une association de Bagnolet (93) : je n'arrive pas à dire "Agriculture urbaine"; l'écrire, encore ça va, mais le dire ... Bon, pis, j'vous parle même pas du reste de la série des concepts fers de lance de la ville de demain: participatif, contributif, création de lien social, nature en ville, vivre ensemble, etc.

Je n'avais ni honte, ni peur, de me confier à cet expert, je me sentais simplement un peu seul. Je me demandais pourquoi ce terme d'agriculture urbaine me gonflait autant et pourquoi il me hérissait autant le poil et celui de mes chèvres, d'entendre parler de berger urbain, de paysan ceci, paysan cela; pourquoi le champ lexical ou le ton du discours des stars et des fans de l'agriculture urbaine me bourraient autant le mou, et, me ramenait aussi subrepticement vers le monde de la publicité. J'avais vraiment besoin d'un psy.

Ce fossé qui se creusait à coup de légumes par-ci, moutons par là, entre mes présupposés confrères, et moi, se devait d'être exploré et fouillé. Où est la part d’ego dans tout ça, dans tout ces p'tits projets qui deviennent nos étendards? Enfin, sans déconner, on se sent paysan ou pas, on en fait pas un flan. On fait des trucs avec, ou sans les tripes. On vit avec ses bêtes, avec sa terre, et pis l'reste du temps, on les amène partout où on va dans not' caboche.
Bon vous voyez quoi, j'commence à lui raconter c'genre de truc au psy, allongé sur un divan de récup de la marque "Get free", et pis d'autres encore. Et j'vois que ça l'accroche, qui comprend pas tout à fait mon délire et que ça lui laisse l'espoir d'un nouveau scénario  à élucider et que ça lui fera bien passer l'heure qui reste.


Et en fait, j'lui dis grosso modo, c'que j'dis à tous ceux qui me parlent de tondeuse écologique et de berger urbain (cf article sur ce blog "Discussion entre un berger et son troupeau"). Que nos bêtes ne sont ni des tondeuses ni des écolos, mais bien des herbivores qu'ils faut bien nourrir, plutôt que de leur faire faire de "l'entretien"; et que s'il y a des écolos dans le lot, à la limite c'est nous, et nos choix de conduite du troupeau et de ses pâturage. J'lui fait remarquer que c'est drôle comme tout ce qui se passe en ville attire tous les fins limiers de l'air du temps; comme si y avait des choses à pas rater, pour que le mythe du progrès, version hipster cette fois, continue à jouer son rôle. Petit jardinier-chevrier de banlieue, banlieue mon amoure, me voilà Berger urbain. Ouah, la classe, ça fait rêver! Mais pourquoi?

Réponse numéro 1 : Parce que la ville et certains quartiers sont considérés comme tellement pourris qu'on en croit pas ses yeux quand il y a émergence de formes culturelles
Réponse numéro 2 : Parce que le politique tente de récupérer tous les mouvements émergents, et les transforme en spectacle qu'il fabrique et propage grâce au médias et à toute une armada culturelle et scientifique qui  fait le travail de conceptualisation de ce qui n'était que forces vives et pratiques
Réponse numéro 3 : Parce qu'un troupeau qui se balade, où qu'il soit, ca laisse jamais indifférent l'animal qui est en nous, et l'humain qui est dans cet animal

Et plus j'parlais, plus j'me sentais convaincu de c'que j'racontais; et  j'm'en suis rendu compte et j'me suis dit "merde, ça craint là, le psy, y va sortir un truc ..." Et puis non rien, y  m'regarde, avec un regard de psy, il hausse des sourcils interrogateurs, et il laisse remonter un autre truc en toi que tu vas finir par lui cracher. Et ça marche.

Ooh la la, l'agriculture urbaine, c'est un truc qui faut pas prendre à la légère. y parait que c'est une question sérieuse; l'genre de truc qui peut sauver le monde et racheter nos âmes souillées par les excès. Ça fout grave la pression leur délire. Y a des réunions, des ateliers ou encore des conférences-débats où tu te demande où est ce que tu as mis les pieds, tellement tu te sens seul. C'est pour ça qu'c'est bien d'être en asso et d'pouvoir réussir à se caler à plusieurs grâce à des intuitions communes.






-

mercredi 11 mars 2015

C'est vivant


Manouch
C'est ça c'est lui
Manouch

Il est sorti 
Tout habillé
Sans puces

Pi y a les deux
Là aussi


comme si qu'y z'était
Passer à la photocopieuse
Drôle de reproduction

Mais bon ...
Ça reste toujours émouvant
Une naissance


Y a pas à chier
Les enfants les adultes
Qui voient ça ensemble
Pour la première fois

Qui sont là
Juste parce qu"ils passaient par là
A cet instant
Une seule fois

lundi 9 mars 2015

Pensée en voie de disparition


Regardez bien
Ce mouton
Il va faire demi-tour
Et rejoindre le troupeau
C'est plus facile


Un jour les moutons
Aurons un Maire
Un président
Un faux berger
Qui sélectionnera 
Les plus dociles

lundi 9 février 2015

Les Malassis sur mer


La ville
C'est un truc de malade
J'sais pas comment vous dire
Même si on s'en plein
On est beaucoup à y être accrocs


L'autre jour
La mer est montée jusqu'aux Malassis
Elle a pris l'ascenseur
Et elle s'est retrouvée sur la Dalle
Un truc de dingo
Y avait même ...
Des poissons



Oui là, dans la mer
Sur la Dalle Maurice Thorez
Et pourtant, rien aux infos
Nada, oualou, quetchi




Ils auraient pu titrer
"Des poissons dans la cité"
Ou
"Apprendre à nager dans le quartier"
Mais non
Ils ont tous été obnubilés
Par le monstre du Lockness




Pendant qu'une partie
De pêche à pied
S'improvisait 
A plus de 350 mètres
Au dessus du niveau de la mer
Et de l'ennui



samedi 31 janvier 2015

Bêtes et méchant



Les animaux, c'est comme les gens; y faut pas les prendre pour des cons.

Bien s'asseoir sur la Forêt ... et dans la cour du collège!


Pendant que les grands paysagistes et les grands architectes décident de ce que sera la ville et la nature en ville de demain



Pendant que grâce à des échelles qui défient tout bon sens, ils érigent les plans comme boules de cristal


Pendant qu'ils voient des trames partout, victimes d'une dégénérescence idéologique née d'une trop forte endogamie avec les décideurs


Et tandis que ce monde continue à tourner le dos aux solutions humaines, préférant les modes d'emploi


Certains se retroussent vraiment les manches



Et sachant qu'ils ne cherchent pas ensemble le superflu



Ils arriveront à quelque chose qui ressemblera à un instant où l'improvisation aura eu la part belle


Et alors la matière objet aura, comme un visage, plusieurs expressions, nées de la rencontre avec l'autre




Collège Langevin - Travail, Bagnolet
Association Sors de terre - Déc 2014 - Projet Art-Dinage (2012- ...)

lundi 1 décembre 2014

Devenir Indigène



Indigènes
Quand on devient des étrangers 
Une deuxième fois

Quand on vit 
De débrouilles
Un peu trop proche
De la vie

Indigènes
Dans les prés
Dans les prix

On est prêts
Mais on est pris
par des règles 
Indigestes

Cette terre est elle
Pour chacun
Où pour quelques uns

Indigènes
L'oreille collée à la forêt
Dans un monde 
Où rien n'est entendu

Ce qui est beau
Ce qui est simple
Devient suspect
Pour ceux qui marchent
Sur des échasses

Indigènes sans programmes
Désir et nécessité
Entrelacés
Dans chaque foulée

Les plantes sont en opéra
les bêtes mythologiques
Les Hommes
Cherchent leur place
Face à des armées 
Qu'ils mangent
Tout est question d’appétit

Indigènes
Risquer de se perdre soit même
Dans les secousses  de l'individualisme
Et ses océans sans fond

Et braver les tempêtes
Avec un parapluie
Sachant que la mort
Était déjà
De ce monde.

mardi 4 novembre 2014

Quel beau bazar ce concert !


Taille Haie Chèvres à la cité Grands Champs


La cité des Grands champs
C'est à Bagnolet

On l'appelle "Grands Champs"
Parce que c'était là
Le début des grandes cultures
Sur le plateau

C'était là 
Que les murs à pêches s'arrêtaient



Grands Champs
C'est aujourd’hui
C'est une p'tite cité
Avec des jardins privatifs 
En pied d'immeuble


Paris Habitat
Le bailleur
Nous a demandé
d'filer un coup de main
Un coup de dents
Pour tailler les haies 
Avec les gens du village
Et l'association d'habitants du quartier




 Et puis 
On est venu
Avec les chèvres
Parce que les haies
Ça les intéressent


Et les gens 
Les chèvres
Ca les intéressent
Alors ...


Alors les haies
On leur a fait
Une nouvelle coupe






Et pis
On est r'partit
Mais on va revenir souvent




C'est à coté de la Bergerie
Et y a du boulot
Pour nous
Et à manger pour les bêtes.

Big up Grands champs !

lundi 3 novembre 2014

Sous la dent



On a pas les mêmes dents
Ni les mêmes estomacs

On n'a pas les mêmes chambres
Le même langage

Pas les mêmes pattes
pas la même gueule





Pas le même appétit
Pas le même instinct

On n'a pas les mêmes tics
Pas les mêmes manières

On a pas la même façon
De dire j't'emmerde




Pas la même manière d'ouvrir les portes
Pas la même déviance
Pas la même défiance
Pas le même équilibre





Et quand y a qu'du foin
A se mettre sous la dent
On croque cette pitance éphémère
L'esprit dans quelque steppe sauvage
Qui nous a mise à genoux
Et nous a sculptés
Pour vivre en dehors
De.



La Raie de la Rénovation





Sur Blanqui
on s'croit dans la Pampa
Hautes herbes
Qui te traversent le jean
Bourdons improbables
Furax et inoffensifs
Bouteille de whisky
Sans âge et sans étiquette

Sur Blanqui
C'est la Pampa mec
Vieux loups solitaires
Qui tournent en rond
Jeunes et beaux chacals
En meute 
en dilatation
Gosses qui apprennent à faire du vélo
Entourés d'ordures
Et troupeau bigarré
Qui broute la Pampa
Gars et Gos




Sur Blanqui
Sur l'terrain vague
Sur cette grande histoire
Sur notre Pampa
Flottante et fragile
Dans le temps,
Nous vivons 
Rats, belettes, coqs et poulettes
Nos souvenirs

Blanqui
Pampa
Tous chamanes urbanistiques
Au débit de mots en rafales
Et la gueule en canon
Et toujours une pomme 
A offrir

A Blanqui
On compte les jours
On se prépare 
A perdre le terre-terre
Une deuxième fois
Notre Pampa
Est en attente
D'être colonisée.



Que Viva !
Enfoiré.
Vive les indigènes
Ceux qui ne se gavent pas aux mamelles de la rénovation urbaine
Ceux qui ont choisi la raie de la rénovation

Spéciale dédicace
Aux bouffons de la nature en ville
et aux bergers urbains
Allemands et malinois
Ouaaf ouaaf les chiens!
Viens toutou, viens ...