lundi 9 septembre 2019

Les petits mots de la Bergerie des Malassis (Ça câline ça fait mal)

L’image contient peut-être : oiseau


Bientôt onze ans que l’association Sors de Terre existe. Plus de huit ans pour La Bergerie des Malassis. A la base, Le nom Sors de Terre, c’était pour dire « Bouge-toi ».  Bouge-toi, parce que sinon d’autres se chargeront de faire bouger les choses à ta place, et certains ont les dents longues ; il ne te restera pas grand-chose, et ta vision, sensible et raisonnable, du monde passera pour un doux rêve.  Sors de Terre, ça veut aussi dire, laisser la vie sortir de terre. Aimer, tout ce qui est vivant, parce que c’est tout ce qui est vivant, qui rend le monde si beau, si précieux. Les plantes qui poussent, ce n’est pas sale. Les insectes, les petites bêtes, ce ne sont pas des monstres toujours prêts à nous piquer, à rentrer dans nos maisons pour se glisser dans notre lit. Non, elles font partie de la vie, qui a besoin de tous les vivants, humains ou non humains. J’ai l’impression, la certitude, que certains n’aiment pas la vie. Ils veulent tout dominer, et s’il faut établir une hiérarchie entre les vivants, ça ne leur posent pas de problème. Alors il faut se bouger, faire exister le monde qu’on a dans le cœur, faire exister ce qui nous fait du bien, faire exister encore la vie pour que les gosses, ne vivent pas un cauchemar qui est prévisible pour qu’il y ait plus de justice et de justesse. Ça commence par en bas de chez soi.
Quand on fait un jardin, on touche à l’espace, on le réorganise. Quand c’est un espace public ou collectif, on se rend compte à quel point l’espace est social, culturel, et politique. Toute l’histoire de notre association, s’est faite grâce à ce rapport entre paysage et social. Faire un jardin en pied d’immeuble, prendre la charge de la création collective d’un paysage public plein de vie, et l’accompagner, l’expliquer, le défendre, c’est politique. Les jardins, les paysages ont toujours une valeur métaphorique. Ils disent quelque chose de l’ordre de la société qui les entoure qui les parcoure. Dans l’espace public, ils expriment un consensus entre ceux qui les font, et ceux qui vivent aux alentours. Sors de Terre ne fait pas des écrins déconnectés de la vie des gens, Sors de Terre ne fabrique pas des sanctuaires interdits aux sales gosses, les terrains que nous jardinons, et que nos bêtes pâturent, ont les charmes et les déviances de la ville. Il faut tout accueillir de la vie, et ça se cale, un équilibre se crée entre les plantes, qui étaient déjà là à qui on laisse la place, et celles que l’on introduit, que l’on cultive. Un équilibre s’invente aussi, entre nous et les habitants, c’est pas toujours idyllique, mais on réussit à se parler en général, et à trouver des compromis. A faire accepter que la vie végétale explose, que les enfants jouent, que les mamies passent avec leur petit roquet, que les jeunes se posent et improvisent une blague à la seconde, que les chèvres passent et paissent malgré les petites crottes rondes et noires comme des billes de chocolat qu’elles larguent de façon intempestive. Il y a la place pour tout le monde.
En parlant de place pour tout le monde, et de jardin métaphorique, nous commençons en septembre deux nouveaux jardins. Un, avec des jeunes isolés qui arrivent de pays lointains et qui sont accompagnés par Emmaüs Alternatives. Ce jardin sera en haut de la rue de Rosny à Montreuil, où se trouvent une boutique et un grand centre de tri Emmaüs. Et un second Jardin collectif vivrier, dans un Squat Rom, dans le cadre d’un projet d’aide et d’accompagnement social de plusieurs familles. Il doit y avoir de la place pour tout le monde, il doit y avoir de la terre, de la vie en bas de chez nous. Il doit y en avoir pour tout le monde. Et ce ne doit pas être que des mots.

Il y a tant de choses à dire, à écrire, et nous avons si peu de temps … Les petits mots de la Bergerie diront un peu, souvent, c’est déjà beaucoup.

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